Hurlent les sirènes, Ulysse n'a point d'oreilles
from da scritch net works June 04, 2008
Quand un sinistre cri se fait longuement entendre dans la nuit, n'ayez crainte : vous n'avez aucune chance de savoir quel est le motif de l'alerte tant que le central de la police est débordé. Gizmo communauté mobilité ordinateur politique La sirène de la Sécurité Civile s'est mise en route. C'était pas hier à midi pour le test mensuel, mais dans la nuit de dimanche à lundi dernier, et pas dans les durées prévues (trois coups de une minute séparé par des blancs de 5 secondes), mais un long cri continu d'une très longue demi-heure. Inquiet devant la durée de la sirène, ou plutôt, j'ose le dire, réveillé par ma douce inquiète (et pourtant, il en faut peu pour me perturber le sommeil), je pris mon courage à deux mains, mon téléphone de l'autre et appela le 18 (ou 112) : « Les Urgences. - Oui, je vous appelle à propos de la sirène de la sécurité civile qu'on... - Appelez le 17. » [Communication interrompue par mon interlocuteur] Le DDoS par la pratique Ça m'a un peu surpris que mon correspondant m'envoie appeler Police-Secours. Mais vu que le 17 sanglotait comme quoi « toutes les lignes de votre correspondant [et cætera] », il était évident que les Pompiers se réservaient pour des urgences plutôt qu'informer. Par acquis de conscience (et surtout ancien coordinateur d'antenne), j'appelai le standard de la Préfecture [PS1], lequel avouait l'absence de consigne reçue, ce qui n'aidait vraiment pas à nous rendormir... Mais le lecteur doit à ce stade se demander pourquoi je n'arrivais par à joindre le 17, qui plus est à 2 heures du matin ? Le standard de Police Secours était alors victime d'un Distributed Denial of Service attack (DDoS), soit en céfran technico-commercial “attaque par Déni de Service Distribué”. Vous vous souvenez de la dernière fois que vous êtes allé à la Poste ? Le jour où vous aviez attendu une demi-heure et qu'une mamie grincheuse vous a grillé votre place pour demander au caissier de lui retirer 200 Francs de son compte, qu'elle comprenait rien à l'euro, qu'elle voit mal avec ses yeux et que comment va la petite filleule,... Bref, cette vieille carne conne a bloqué le seul guichet disponible parce qu'elle avait besoin de conversation après son Derrick quotidien, prétextant des services financiers de la Banque Postale (elle a bien essayé dans les autres banques, mais ça n'a pas marché), gênant le fonctionnement normal du guichetier en abusant le Service (public) de la Poste : celui de prendre votre recommandé AR à expédier impérativement ce soir. Dommage, c'est l'heure de la fermeture. C'est ce que l'on appelle une attaque par Déni de Service, ou DoS. Quand un millier de citoyens à moitié endormis appellent en même temps le 17 pour se plaindre du tapage nocturne, ils saturent toutes les lignes disponibles du central de secours, empêchant tout appelant supplémentaire d'obtenir un correspondant. C'est une attaque par Déni de Service Distribué, ou DDoS [PS2]. Techniquement, c'est l'attaque la plus efficace et la plus difficilement parable contre un standard téléphonique ou un site web, ou tout autre système d'information à la demande, à la différence d'un système broadcast, qui fonctionne exactement de la même manière qu'il soit écouté par dix millions ou zéro auditeurs. Ferme la fenêtre : j'écoute la friture à la radio Je me souvient encore qu'en 2001, les annuaires distribués dans tous les foyers indiquaient à la page “Secours” qu'en cas d'alerte, les habitants de l'Agglomération Toulousaine doivent se calfeutrerchez eux en fermant hermétiquement les fenêtres et écouter Radio France Toulouse sur 95,2 FM. Voilà qui était doublement hors de propos lors de l'explosion d'AZF le 21 Septembre : Primo, toutes les fenêtres étaient en miettes (celle de mon bureau traversait le mur en face), et secundo, cela faisait 4 ans que Radio France Toulouse a été supprimé pour y mettre le réseau national de Radio Le Mouv' [PS3]. Je me souviens sur le parking du flottement dans l'air, des collègues ironisant sur un poste qui n'avait comme d'habitude rien à dire d'intéressant, et que finalement, on a switché vers France Info. Ces derniers se sont montrés guère plus brillants, annonçant une information extrêmement vague une demi-heure après. Pour leur défense, tous les réseaux téléphoniques étaient saturés, y compris le réseau fixe de France Télécom. Sans compter qu'à aucun moment la sirène de l'alerte civile n'a retenti. Ben là, c'était à peu près pareil : Aucune radio locale sur lequel s'informer. Devant l'incurie constatée en ce sinistre 21 Septembre 2001, des conventions avec différents médias furent mis en place, mais à bien les relire à tête reposée, elles se montrent tout à fait anodines (donc, je vous appelle s'il se passe quelque chose. Tu veux un badge pour l'accès à la préfecture ?), et l'information bien planquée dans l'extranet de la Préfecture. Même mes contacts auprès de la délégation régionale du CSA n'étaient pas au courant de ces conventions. Heureusement qu'on est à tête reposée pour préparer ce billet. Emergency Broadcast Or diffuser une information par diffusion (“broadcast”) est forcément plus efficace qu'une information envoyée à la demande (“unicast”). Et si aucune radio locale du service publique (à l'époque Radio France, en plus de la “publicité” dans les annuaires, recevait une subvention pour ça !) n'est en mesure de relayer ce genre d'information tenant de la sécurité générale (alertes météo, risques industriels, naturels, Ambre), qu'aucune radio commerciale n'est contrainte à le faire (une rediffusion est toujours plus rentable qu'un animateur nocturne, exemple cette nuit-là : Sud Radio), et qu'aucune radio associative ne dispose de salarié à cette heure-là... existe-t-il des méthodes automatisées ? Aux États-Unis, il existe un dispositif hérité de la Guerre Froide, l'EAS (ex-EBS) qui permet aux radios et télévisions de relayer automatiquement les messages d'informations civiles urgentes soit en direct, soit en différé. Ce dispositif est mis en place sur la base d'un protocole d'accord basé sur le volontariat/civisme entre le média diffuseur (privé) et la FCC. À côté de ce dispositif, des fréquences réservées “nationalement” (on parle d'un continent) en Modulation d'Amplitude sont réservés à des émetteurs dormants, pouvant être activé pour informer les citoyens en cas de menace majeure [PS4] (par exemple : les Soviétiques ont voté une loi rendant les USA illégaux et vont bombarder dans 3 minutes). Ces deux fréquences AM, dites “CONELRAD”, devaient être obligatoirement indiqués sur tous les postes de radios vendus aux États-Unis par un logotype CD. Mais cette solution est “légèrement” surdimensionnée pour une “situation” locale. Solution téléphonée sans fil Si de moins en moins de gens écoutent la radio, la pénétration du téléphone mobile permet d'envisager une autre solution qui est déjà... installée ! Et il est possible d'informer une zone géographique plus efficacement qu'avec un mégaphone[PS5]. Évidemment, en me lisant un peu vite dans la diagonale, le technocrate chébran 2.0 imaginera d'envoyer des SMS. Hélas, cette “solution” encombrera immédiatement les réseaux sans forcément atteindre sa cible : La solution du SMS ne permet pas de localiser efficacement chaque portable dans la zone concernée. Par contre, il existe un chapitre de la norme GSM, dérivée du SMS texte (dit “point-à-point” ou SMS-PP) qui est injustement ignorée en France : Le Cell Broadcast (SMS-CB). Techniquement, il s'agit d'un SMS texte avec un numéro de canal[PS6], envoyé par l'émetteur de la cellule (la zone de couverture de l'émetteur) d'un réseau téléphonique à destination de l'ensemble des téléphones portables qui dépendent de cette cellule. Évidemment, le message peut être transmit simultanément par plusieurs cellules. En un seul message, on touche des milliers de personnes, sans saturer les autres fonctions GSM (dont la voix et les SMS-PP) déjà fortement malmenés par les appels de proches et des secours (ou les messages de bonne année). Normalement, tout téléphone mobile est abonné d'office au canal 0. Il faut savoir que dans les pays nordiques, le Cell Broadcast est utilisé et commercialisé depuis une dizaine d'années pour des informations sportives ou des horaires de train[PS7] (le blog cell broadcast en cause, forcément). L'énorme avantage est que l'information est émise une unique fois pour l'ensemble des téléphones portables liés à la cellule. Donc, que l'information peut être diffusée dans une région très limitée allant de quelques centaines de mètres en ville jusqu'à une dizaine de kilomètres en campagne. Il faut savoir aussi que même quand le réseau d'un opérateur téléphonique s'effondre, et que donc aucun appel vocal, aucun SMS-PP n'est possible, un émetteur peut toujours envoyer des SMS-BC tant qu'il a du courant... Tiens, y'a un bandeau rouge sur le site de la mairie... Les sites internet des collectivités locales (la Mairie de Toulouse, la préfecture de Haute-Garonne, le site du Grand Toulouse, le Conseil Général de Haute-Garonne voire le Conseil Régional Midi-Pyrénées) pourraient tout aussi bien relayer ce genre d'information par une insertion automatique. Le principe est simple et les méthodes sécurisées de pilotage d'insertion sont standardisées et triviales à mettre en application (par RPC/XML, ping crypté, remote SSH, SOAP, VPN voire accès par liaison dédiée), vous pouvez en croire le dev' que je suis. Pourquoi le web ? Parce que nombreuses sont les personnes qui ont désormais la possibilité d'aller sur internet, qu'il est tout aussi possible d'y aller avec un téléphone portable (en oubliant le WAP, paix à son âme), que la mise en ligne peut être très rapide et déléguée avec efficacité, parce que sa diffusion est mondiale, continue et qu'on peut difficilement remettre en cause éditorialement les pouvoirs politiques locaux. Mais surtout parce qu'un démenti (cas qui nous tenait éveillé cette nuit-là) ou un message de moindre importance ne prêtait ni à conséquence ni à provoquer la cohue des foules vers les abris anti-atomiques. Rien n'oblige à mettre en place ce genre de dispositif, mais rien non plus n'interdit ce genre d'initiative, sinon un peu de bonne volonté commune (et même au-delà de la Commune). Malheureusement, et à en croire Gougleu il semblerait que trouver des informations essentielles sur le site de la Mairie de Toulouse comme le numéro des encombrants est moint aisé que dans le premier blog venu... Or le billet que vous lisez a déjà fort à faire à dénoncer la totale vacuité d'information en cas d'alerte de la Sécurité Civile. Ahem. Ocean's 17 Pendant ce temps-là, dans la nuit pluvieuse, la sirène hurle toujours et le 17 sonne toujours occupé et je... Ah tiens... « Police Nationale. - Bonjour, la sirène de la sécurité civile... - [un peu lassé] eh oui, on sait, on s'en occupe, et il n'y a rien qui s'est passé. On attend que la Mairie arrive avec les clés pour l'arrête |